Mikey Saber revient dans sa ville natale du Texas après des années de carrière de star du porno à Los Angeles. Sans un sou, il s’installe la “queue entre les pattes” chez son ex-femme; “ex” dans les faits car ils ne sont en réalité pas divorcés. Crapule aux yeux de chiot qui parvient à les attendrir, il devra en échange supporter sa belle-mère méfiante qui vient chaque nuit regardé la télévision depuis le canapé sur lequel il est hébergé. Amateur de drogues douces, il reprend ses combines pour gagner de l’argent, se rapproche de son ex-femme et s’amourache d’une jeune lolita qui vend des donuts.

Le réalisateur Sean Baker a débuté ce projet en pleine pandémie, alors qu’il était confiné chez lui à Los Angeles. Les conditions l’ont conduit à tourner en vingt-trois jours avec une équipe réduite à seulement dix personnes. Preuve s’il en fallait que la quantité n’est pas nécessaire à la qualité. Il suivait sur Instagram l’acteur Simon Rex, qui connaissait depuis plusieurs années une période de disette professionnelle. Installé dans un parc naturel, il vivait simplement. Quand le réalisateur l’a contacté pour ce rôle, l’acteur n’a pas hésité à parcourir les milliers de kilomètres le séparant du Texas pour incarner ce personnage détonnant, “un homme-enfant qui relativise constamment les choses pour préserver sa santé mentale. Il y a beaucoup de l’Amérique là-dedans, développe Sean Baker. C’est incontestablement un trait américain : quelqu’un qui aspire au succès sans se soucier des dommages collatéraux.” Et pour incarner cela, le réalisateur, toujours fasciné par l’univers des travailleurs du sexe, a opté pour un personnage peu exploité : le parasite de plateau, qui exploite les espoirs et le travail de femmes dans l’industrie du porno. Avec son co-scénariste Chris Bergoch, il se sont inspirés de multiples anecdotes recueillies.

Le film traduit bien plus que de la tension sexuelle. La véritable tension est ailleurs. L’intrigue se déroule en effet à l’été 2016, juste avant l’élection présidentielle que Trump remporta. L’actrice Bree Elrod explique ainsi que le réalisateur souhaitait justement rendre le sentiment de danger imminent qui régnait alors. Le fait que le tournage ait eu lieu en pleine pandémie, avant une autre élection décisive, a renforcé ces sentiments d’urgence et d’incertitude.

Le réalisateur a casté ses quelques acteurs de façon originale. Simon Rex, acteur vu notamment dans Felicity et plusieurs Scary Movie, est également rappeur connu sous le nom de “Dirt Nasty”, et animateur sur MTV. Il l’a associé à Bree Elrod, actrice de théâtre new-yorkaise qui incarne Lexi, son ex-femme de Mikey, et à Suzanne Son; la jeune actrice qui incarne Strawberry dans le film a été repérée par le réalisateur … dans le hall d’un cinéma à Hollywood.

Sean Baker, qui déteste tourner en studio, a opté pour la ville de Texas City comme décor naturel. Il a vu dans cette ville “un condensé de l’Amérique”. Un peu plus loin se trouvait le magasin “Donut Hole”, utilisé tel quel dans le film, son nom lui apparaissant telle une bénédiction. Ces lieux n’auraient peut-être pas suffit sans le talent du directeur de la photographie Drew Daniels, avec lequel ils ont opté pour Sugarland Express -premier long métrage de Spielberg datant de 1974- comme source d’inspiration principale. Drew Daniels a su rendre “la chaleur oppressante et le côté terreux d’un été texan.”

Bien que long, le film passe vite. L’esthétique des images, les dialogues ciselés et surtout la performance d’acteur de Simon Rex ont transformé cette réalisation en pépite. Présenté en compétition au Festival de Cannes et au Festival de Deauville, il a remporté lors de ce dernier le Prix du Jury et le Prix de la Critique. Un nouveau succès pour le réalisateur qui signe ici son septième long métrage après The Florida Project, multiprimé en 2017.

En salles le 2 février 2022 – Le Pacte – 2h08 – Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement