Le nouveau long-métrage du Louis Garrel réalisateur est une comédie tragi-comique. Si la forme est légère, le fond l’est un peu moins. Basé sur son histoire familiale personnelle, il incarne dans son film le rôle d’Abel, un fils inquiet pour sa mère, Sylvie (incarnée par Anouk Grinberg), qui désire épouser un homme alors en prison : Michel (Roschdy Zem). Aidé de sa meilleure amie Clémence (Noémie Merlant), il va tout tenter pour l’en dissuader et tâcher de la protéger. Mais la rencontre avec cet homme va l’entraîner dans une direction inattendue.

Dans la réalité, la mère de Louis Garrel, l’actrice et réalisatrice Brigitte Sy, animait des ateliers de théâtre dans des prisons et épousat un détenu. Attention cependant, Louis Garrel le précise : “ce film n’est pas autobiographique, mais il est très personnel.” Son enfance entourée d’hommes qui sortaient du milieu carcéral lui a permis d’appréhender d’avoir un certain recul et un regard amusé sur certaines situations, qu’il retranscrit dans ses scènes avec beaucoup d’humour. Le film est dopé par des gags qui rappellent les comédies italiennes. L’intrigue évoque les films français de la belle époque, où des gangsters se courraient après sans effets spéciaux, avec pour seule arme des dialogues affûtés.

Le film était présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2022 puis au Festival du Film de Cabourg, en présence de l’actrice Noémie Merlant, qu’on aime découvrir dans ce rôle qui nous l’a fait découvrir sous un jour nouveau qui lui va à merveille.

Louis Garrel a attendu plusieurs années avant de réaliser ce film. Grand bien lui en a pris car c’est une réussite en tous points !

12 octobre 2022 – 1H40 – Ad Vitam

ADN

Neige (Maïwenn), divor­cée et mère de trois enfants, rend régu­liè­re­ment visite à Émir, son grand-père algé­rien (Omar Marwan) qui vit désor­mais en mai­son de retraite. Elle adore et admire ce pilier de la famille, qui l’a éle­vée et sur­tout pro­té­gée de la toxi­ci­té de ses parents. Les rap­ports entre les nom­breux membres de la famille sont com­pli­qués et les ran­cœurs nom­breuses… Heu­reu­se­ment Neige peut comp­ter sur le sou­tien et l’humour de Fran­çois, son ex (Louis Garrel). La mort du grand-père va déclen­cher une tem­pête fami­liale et une pro­fonde crise iden­ti­taire chez Neige. Dès lors elle va vou­loir com­prendre et connaître son ADN.

Le nouveau long métrage de Maïwenn faisait partie de la sélection du Festival de Cannes et était présenté en première au Festival du Cinéma Américain de Deauville dans la section “l’Heure de la Croisette”.

La réalisatrice traite de façon très crue, sans filtre, le deuil et tous ces moments étranges qui lui succèdent : les réunions de famille dont les membres se disputent ou plaisantent nerveusement, notamment autour des décisions à prendre. Situation d’autant plus complexe quand les petits-enfants ont eu un lien presque de parents-enfants avec leurs grands-parents qui les ont élevés. Neige a des relations compliquées avec sa mère (Fanny Ardant) et son père. Emir était tout pour elle, aussi peu de temps avant son décès avait-elle fait écrire et éditer un livre sur sa vie, ses souvenirs d’Algérie qui ont bercé son enfance.

Cette perte va déclencher une quête identitaire chez Neige, que la réalisatrice a elle-même vécu à la mort de son grand-père algérien il y trois ans, période durant laquelle elle a, comme sa protagoniste, lu tous les livres qu’elle trouvait parlant de l’Algérie. Le test ADN que réalise Neige dans le film est en réalité le test ADN de Maïwenn, qu’elle a réalisé dans cette période de sa vie.

Néanmoins le dernier tiers du film dédié à sa quête mais aussi à ses souffrances physiques et mentales déséquilibre le film qui devient trop centré sur son auteur. Bien que la réalisatrice se défende d’une autobiographie -“tout le film n’est pas inspiré de ma vie. Loin de là.” (1)- les éléments personnels se confondent avec la fiction.

Si son casting de choix permet une interprétation parfaite de toutes les situations, la place laissée à l’improvisation apporte également une dose de naturel et de spontanéité qui rendent les scènes d’autant plus réalistes et crédibles. Ainsi les répliques de Louis Garrel sont de lui.

Ainsi, en dépit de thèmes dramatiques, la réalisatrice parvient également à instiller beaucoup d’humour dans ces situations parfois surréalistes, notamment la scène du choix du cercueil qui est tragiquement absurde. Et c’est ce mélange de drame et de légèreté qui font la richesse de ce film touchant.

Le Pacte – Sortie en salles le 28 octobre 2020 repoussée au 19 mai 2021

*Maïwenn à Deauville le 11 septembre 2020 pour présenter ADN


(1) Source : Version Femina n°969