Une famille de Manhattan hérite d’une maison à Brooklyn, qui comprend également une boutique au rez-de-chaussée, occupée par Leonor et son fils Tony. e dernier va se lier d’amitié avec le fils de l’autre famille, Jake. Seulement le loyer que verse Leonor est bien trop bas, jamais augmenté depuis son arrivée, et sa révision va entraîner de nombreuses tensions entre les parents.

Ce nouveau films d’Ira Sachs, habitué du Festival de Deauville, a remporté le Prix du Jury. Pourtant ce drame n’est pas sa réalisation la plus aboutie. Ainsi, Love is strange présenté il y a deux ans lors du Festival était-il beaucoup plus réussi. Outre quelques longueurs, la fin est trop abrupte et aurait mérité d’être un peu plus développée.

 

Le Festival a retrouvé de nombreux habitués: les réalisateurs Mike Cahill (Another Earth en 2011, I Origins), Abel Ferrara (4:44 – Last day on earth en 2011, Pasolini), Ira Sachs (Forty shades of blue en 2005, Love is strange), Tate Taylon (La Couleur des Sentiments en 2011, Get on up!).

Le festival a également assisté au grand retour de Don Johnson au cinéma, présent ici dans deux films : Cold in July -film en compétition- et Alex of Venice présenté en avant-première.

Nous avons retrouvé avec un immense plaisir l’acteur Wes Bentley (American Beauty) dans le rôle principal de Things people do, Prix du 40ème Festival du Cinéma Américain, ainsi que dans un rôle secondaire dans un autre film en compétition: The better angels.

La jeune Noah Silver (interprète de la fille de Brody dans Homeland) poursuit ici sa carrière cinématographique en interprétant le rôle féminin principal dans le film en compétition Jamie Marks is dead.

Côte réalisateurs, on a découvert avec un immense bonheur le premier film de deux collaborateurs de Terrence Malick: Saar Klein et A.J. Edawards. Saar Klein, réalisateur du primé Things people do, a réussi le tour de force de réaliser un premier film magnifique, révélant certes une influence de Terrence Malick, mais doté aussi d’une richesse esthétique propre à cet ancien monteur, plus fois nommés aux Oscars.

Le festival est en effet souvent le révélateur de jeunes réalisateurs talentueux, qui étaient parfois connus jusque là pour leurs talents… d’acteurs. On avait ainsi pu rencontrer Famke Janssen (Nip Tuck, X-Men…) venue présenter en compétition Yelling to the sky en 2011, ou encore David Schwimmer (Ross dans Friends) pour Secret la même année.

Cette année, c’était au tour de Chris Messina (Damages, The Newsroom, Vicky Christina Barcelona) dont le premier long métrage Alex of Venice était présenté en avant-première. Ce film drôle et sensible marque des débuts extrêmement prometteurs.

Jessica Chastain, à laquelle un Prix du Nouveau Hollywood était remis en 2011, avait cette année là préféré limiter sa visite européenne à la Mostra de Venise; Ryan Gosling, qui devait se voir décerner le même prix avait quant à lui choisi préféré Disneyland en compagnie de sa nouvelle compagne depuis un mois, Eva Mendes, plutôt que de venir à Deauville.

Cette année, Jessica Chastain est bien venue. Elle a reçu un hommage et une cabine à son nom a été inaugurée. Lumineuse et accessible, elle n’a pas hésité à signer des centaines d’autographes, répondant en même temps aux gens qui la félicitaient pour son film.

 

On peut prendre conscience également de l’importance que revêt un tel festival pour des réalisateurs Américains hors de leur pays d’origine: une tribune où ils peuvent s’exprimer librement. Ainsi, le soir de son hommage John McTiernan s’est livré à une critique froide et implacable du système judiciaire et électoral américain. Suivi (hasard ou coïncidence) par le réalisateur de Camp X-Ray, Peter Sattler, qui a définit son film comme “apolitique“. Son film relate néanmoins relate la relation qui se noue entre une militaire américaine et un prisonnier au sein de Guantanamo.

 

Lors de la cérémonie de clôture, Vincent Lindon a évoqué, ému aux larmes, la performance d’actrice de Sandrine Kiberlain dans le film Elle l’adore, Prix Michel d’Ornano projeté le matin même et accueilli par une standing ovation avant même le générique de fin: “Il paraît même qu’elle a une petite fille [la fille qu’ils ont eue ensemble, ndlr], et elle doit être très fière de sa maman“.

Claude Lelouch a quant à lui déclaré que “les plus belles années étant celles qui étaient à venir, il espérait être là pour le 50ème anniversaire du Festival“.

C’est tout le bien qu’on lui souhaite.

 

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Ensemble depuis 39 ans, George et Ben décident de se marier. Malheureusement, cette décision va totalement perturber leur vie. Ils vont se trouver à cohabiter respectivement avec des membres de leur famille, et partager leur intimité et leurs problèmes.

Ira Sachs (Forty shades of blue) revient à Deauville pour la troisième fois nous présenter son cinquième long métrage qui est certainement aussi le plus personnel.

Il aborde ici des sujets de société graves d’une façon extrêmement subtile et délicate. Il étudie la façon dont “les points de vue peuvent évoluer avec l’âge sur l’amour mais aussi plus généralement la façon dont on se voit les uns les autres”. Il se définit en outre comme “un athée […] qui croit dans les communautés, dans l’intimité, et dans l’art, trouvant ainsi la paix intérieure au travers de la lecture”.

Dans sa réalisation il s’inspire beaucoup de Cassavetes, Ken Loach mais également Maurice Pialat qu’il a découvert lors de son séjour de six mois à Paris en 1986, et au cours desquels il a visionné 197 films.

Ce film, dénué de toute violence et qui ne compte aucune scène de sexe ni même de nudité a été interdit aux moins de 17 ans aux Etats-Unis. A titre de comparaison, si tant est que les deux films soient comparables, le Secret de Brokeback Mountain n’avait été interdit qu’aux moins de 14 ans…

Ira Sachs  © Anne-Sophie Rivereau

Ira Sachs
© Anne-Sophie Rivereau