“Bad Education” est une comédie dramatique inspirée de faits réels. Frank Tas­sone (Hugh Jackman) et Pame­la Glu­ckin (Allison Janney) dirigent un éta­blis­se­ment sco­laire très pri­sé de Long Island, en passe de deve­nir le mieux côté de tous les États-Unis. Leur école génère ain­si des records d’ad­mis­sions et des recettes expo­nen­tielles. Quand une jeune lycéenne décide de s’intéresser à un projet de l’établissement comme sujet d’un article pour le journal de l’école, un scan­dale de détour­ne­ment de fonds éclate.

Après son premier long-métrage “Pur-sang” présenté au Festival de Sundance en 2017, le réalisateur Cory Finley s’est intéressé à cette histoire vraie sur le plus grand vol d’une école aux Etats-Unis. Cory Finley s’est accompagné dans cette aventure de Mike Makowsky qui a écrit le scénario. Ce dernier est un ancien élève du lycée Roslyn, dans lequel les faits se sont déroulés. Cela l’intéressait aussi de raconter cette histoire fascinante sur l’ambiguité d’un homme charmant et charismatique qui à la fois prenait la peine de rencontrer et connaître chaque étudiant de son établissement, et qui s’est battu pour offrir un programme d’une telle qualité que le lycée est devenu l’un des meilleurs du pays, et s’est en même temps livré à de tels agissements.

Malgré un bon casting avec Hugh Jackman et Allison Janney (C.J. dans “A la maison blanche”) et une histoire intéressante, la réalisation ne parvient pas vraiment à nous emporter. A hésiter entre le documentaire et la comédie, et à vouloir faire passer subtilement le message sur la culpabilité du héros, le spectateur reste sur sa fin.

1h48 – Disponible dpeuis le 13 septembre sur #OCS

Quelle a été l’issue dans la réalité ?

Franck Tassone a été reconnu coupable du vol de 2,2 millions de dollars et condamné à une peine de 4 à 12 ans de prison. Pamela Gluckin a reconnu avoir détourné 4,3 millions de dollars, elle a témoigné contre Tassone et a été condamné à une peine de 3 à 9 ans. 11 millions de dollars ont été détournés en tout, c’est le plus grand vol subi par une école aux Etats-Unis. Ce scandale a été couvert par le New York Times Newsday et les journaux de la région. mais celui qui avait révélé l’affaire était le journal des lycéens de Roslyn. A cause d’un vide judiciaire dans le système des retraites de l’Etat de New-York, Frank Tassone perçoit toujours 173 495,04 dollars par an.

Un riche homme d’affaires, Victor Genovés (Luis Tosar), propriétaire d’un grand groupe de médias, se trouve soumis à un chantage par un groupe se faisant appelé “les Spadassins de Midas“, “Los Favoritos de Midas” en espagnol, titre original de la série. Le chantage apparaît sous la forme de lettres charmantes lui expliquant très simplement que s’il n’accepte pas de payer 50 millions, des personnes qui lui sont totalement étrangères mourront régulièrement. En parallèle, une journaliste (Marta Belmonte) travaillant pour un média publie un article sur un scandale financier.

La série espagnole a été écrite et réalisée par Mateo Gil, réalisateur du film “Blackthorn” et lauréat du Goya du meilleur scénario original pour “Agora”. Elle a été co-réalisée par Miguel Barros qui avait travaillé avec Mateo Gil sur “Blackthorn”. Il s’agit d’une adaptation d’une nouvelle de Jack London dont le titre original est The Minions of Midas. Le roi Midas était « un roi maudit qui transformait tout ce qu’il touchait en or. »

D’abord publiée dans les Pearson’s magazine en 1901, le récit sera ensuite repris dans le recueil Moon-Face and Other Stories en septembre 1906. L’auteur y critique l’avidité capitaliste. L’autre particularité est que la masse inconnue du groupe exerçant le chantage se montre dépourvue de sentiments et d’empathie, tandis que les riches capitalistes sont eux en proie à un sentiment de culpabilité et font preuve de sensibilité, alors que dans les écrits sur ce thème c’est généralement l’inverse qui est décrit.

Le récit est transposé à Madrid à notre époque. L’adaptation est relativement fidèle reprenant les lettres adressées au personnage principal et qui jalonnaient déjà le récit initial. Cette critique de la société constitue un bon thriller, porté par l’excellent acteur Luis Tosar qui incarne le personnage principal. Outre de nombreuses interprétations dans des productions espagnoles, notamment en 2003 dans “Ne Dis Rien” qui lui vaudra le Goya du Meilleur Rôle Masculin, Luis Tosar a également brillé dans des productions internationales : en chef de cartel face aux côtés de Colin Farrell et Jamie Foxx dans “Miami Vice – Deux flics à Miami” de Michael Mann en 2006 ou dans “The Limits of Control” de Jim Jarmusch. Plus récemment, en 2010, il a remporté un grand succès pour sa performance dans “Cellule 211”.

Il est entouré de deux bons seconds rôles Marta Bemonte et Wille Toledo.

**Attention SPOILER en dessous :

Si la fin pourra vous laisser sur … votre faim, sachez que l’absence de révélation concernant les auteurs du chantage est conforme au récit dont la série est adaptée. Néanmoins si cela peut passer dans un récit écrit il est vrai que dans une série nous avons maintenant l’habitude que tout nous soit montré et expliqué. Ce qui manque peut-être de précision en revanche est l’absence de réaction du héros à la mort de la journaliste dont il était a priori amoureux.

Disponible sur Netflix depuis le vendredi 13 novembre 2020

*Source : Editions Libertalia

Nouvelle mini-série fraichement arrivée sur Netflix, Le jeu de la dame (“A queen’s gambit”) est rapidement passé dans le top des vues sur la plateforme.

Elle relate l’histoire de Beth Harmon à partir de ses neuf ans jusqu’à ses vingt-deux ans. Dans les années 1950, alors que Beth vit seule avec sa mère, un drame va la rendre orpheline. Elle sera alors prise en charge par une structure pour jeune filles, où à l’époque les enfants étaient “canalisés” par une ingestion de tranquillisants.

Les jeunes de son âge sont rarement adoptés, les familles recherchant de préférence de très jeunes enfants. A défaut, Beth se rapprochera d’une camarade, Jolene, et de Monsieur Schaibel, le gardien de l’établissement, qui la formera au jeu d’échecs dans le sous-sol du bâtiment. L’homme réalisera très vite que la jeune fille a un véritable don pour ce jeu et la poussera à progresser.

Beth n’aura de cesse de vouloir se dépasser, véritablement habitée par les pions et leur manœuvre. Finalement adoptée à 15 ans par un couple qui bat de l’aile, Beth s’inscrira à des tournois, avec pour objectif ultime d’affronter un jour le champion du monde Russe. La jeune femme sera à la fois portée et freinée par son addiction tant aux médicaments qu’à l’alcool ensuite, oscillant entre génie et folie.

La question qui vient à l’esprit du spectateur est : l’histoire est-elle inspirée d’un personnage réel ? Beth Harmon a-t-elle vraiment existé ? Au risque de vous décevoir, il s’agit d’un personnage de fiction, crée par l’écrivain Walter Tevis, auteur de “l’Arnacoeur” et “la Couleur de l’argent”. Et si le personnage principal n’a pas existé, l’auteur s’était en revanche inspiré de sa propre expérience, tant de joueur d’échecs, que de dépendant aux anxiolytiques. Le roman publié en 1983 a été adapté en série par l’Américain Scott Frank -à qui l’on doit l’autre très bonne minisérie western “Godless” (avec Michele Dockery et également disponible sur Netlfix)- et Allan Scott (“Priscilla, folle du désert, la comédie musicale”).

Je l’ai pitché à Netflix en pensant qu’ils ne voudraient jamais adapter un livre sur une petite fille qui joue aux échecs… et immédiatement ils ont dit oui”  

Scott Frank dans Entertainment Weekly

Les créateurs ont sollicité les conseils de grands professionnels du jeu, Bruce Pandolfini et Garry Kasparov. Cela leur a permis de réaliser une série passionnante sur les échecs qui fascinera tant les joueurs avertis que les néophytes. Les livres cités ainsi que les stratégies existent réellement. Ce réalisme et cette précision ne sont pas seuls responsables du succès de la série.

Tous les acteurs incarnent leur personnage avec force et justesse. Outre l’héroïne interprétée par l’actrice argentino-américano-britannique Anya Taylor-Joy (vue dans « Emma », « The Witch » et “Peaky Blinders”), on retrouve également Thomas Brodie-Sangster, le jeune garçon de “Love Actually”, qui interprète ici le rôle de Benny Watts, ou encore Harry Melling, cousin d’Harry Potter, dans le rôle de Harry Beltik.

La réalisation est également très travaillée. Les superbes tenus sixties portée avec grande élégance par l’actrice, et la bande originale, transportent avec plaisir dans un univers travaillé reconstituant avec goût les années 1960.

La série compte 7 épisodes d’environ 60 minutes. Aux spectateurs qui espéraient ou s’interrogeaient sur la réalisation d’une saison 2, Netflix a rappelé le sens du terme “mini-série” :

Disponible sur Netflix depuis le 23 octobre 2020

ADN

Neige (Maïwenn), divor­cée et mère de trois enfants, rend régu­liè­re­ment visite à Émir, son grand-père algé­rien (Omar Marwan) qui vit désor­mais en mai­son de retraite. Elle adore et admire ce pilier de la famille, qui l’a éle­vée et sur­tout pro­té­gée de la toxi­ci­té de ses parents. Les rap­ports entre les nom­breux membres de la famille sont com­pli­qués et les ran­cœurs nom­breuses… Heu­reu­se­ment Neige peut comp­ter sur le sou­tien et l’humour de Fran­çois, son ex (Louis Garrel). La mort du grand-père va déclen­cher une tem­pête fami­liale et une pro­fonde crise iden­ti­taire chez Neige. Dès lors elle va vou­loir com­prendre et connaître son ADN.

Le nouveau long métrage de Maïwenn faisait partie de la sélection du Festival de Cannes et était présenté en première au Festival du Cinéma Américain de Deauville dans la section “l’Heure de la Croisette”.

La réalisatrice traite de façon très crue, sans filtre, le deuil et tous ces moments étranges qui lui succèdent : les réunions de famille dont les membres se disputent ou plaisantent nerveusement, notamment autour des décisions à prendre. Situation d’autant plus complexe quand les petits-enfants ont eu un lien presque de parents-enfants avec leurs grands-parents qui les ont élevés. Neige a des relations compliquées avec sa mère (Fanny Ardant) et son père. Emir était tout pour elle, aussi peu de temps avant son décès avait-elle fait écrire et éditer un livre sur sa vie, ses souvenirs d’Algérie qui ont bercé son enfance.

Cette perte va déclencher une quête identitaire chez Neige, que la réalisatrice a elle-même vécu à la mort de son grand-père algérien il y trois ans, période durant laquelle elle a, comme sa protagoniste, lu tous les livres qu’elle trouvait parlant de l’Algérie. Le test ADN que réalise Neige dans le film est en réalité le test ADN de Maïwenn, qu’elle a réalisé dans cette période de sa vie.

Néanmoins le dernier tiers du film dédié à sa quête mais aussi à ses souffrances physiques et mentales déséquilibre le film qui devient trop centré sur son auteur. Bien que la réalisatrice se défende d’une autobiographie -“tout le film n’est pas inspiré de ma vie. Loin de là.” (1)- les éléments personnels se confondent avec la fiction.

Si son casting de choix permet une interprétation parfaite de toutes les situations, la place laissée à l’improvisation apporte également une dose de naturel et de spontanéité qui rendent les scènes d’autant plus réalistes et crédibles. Ainsi les répliques de Louis Garrel sont de lui.

Ainsi, en dépit de thèmes dramatiques, la réalisatrice parvient également à instiller beaucoup d’humour dans ces situations parfois surréalistes, notamment la scène du choix du cercueil qui est tragiquement absurde. Et c’est ce mélange de drame et de légèreté qui font la richesse de ce film touchant.

Le Pacte – Sortie en salles le 28 octobre 2020

*Maïwenn à Deauville le 11 septembre 2020 pour présenter ADN


(1) Source : Version Femina n°969

Ma note : 08/10

Lyz, 15 ans, vient d’in­té­grer une pres­ti­gieuse sec­tion ski-études du lycée de Bourg-Saint-Mau­rice. Fred, ex-cham­pion et désor­mais entrai­neur, va tout miser sur sa nou­velle recrue. Lyz, gal­va­ni­sée par son sou­tien, s’in­ves­tit à corps per­du et va de suc­cès en suc­cès. À 15 ans, on n’a aucune limite tant phy­sique qu’é­mo­tion­nelle. Lyz, isolée de son unique famille, sa mère, bas­cule sous l’emprise abso­lue de Fred. L’éner­gie explo­sive de l’a­do­les­cence don­ne­ra-t-elle à Lyz la force de rega­gner sa liber­té ?

Slalom est le premier long métrage de Charlène Favier. On y retrouve la jeune Noée Abita. Découverte à 17 ans dans le film Ava sorti en 2017, dans lequel elle interprétait une adolescente de 13 ans qui apprenait qu’elle allait perdre la vu, elle se glisse à nouveau, à 21 ans , dans le corps d’une jeune fille plus jeune, âgée de 15 ans, qui va devoir sculpter son corps pour devenir une athlète accomplie. L’actrice pour aborder ce type de rôles “créer toujours une enveloppe charnelle et les mots viennent ensuite”.

“J’ai redécouvert l’univers de la montagne, qui est hostile et où le corps se tend, la respiration change.”

Noée Abita

Un nouveau rôle difficile dans ce film qui évoque les abus sexuels dans le milieu du sport. La jeune actrice a expliqué en conférence de presse qu’ils en ont “beaucoup discuté ensemble pour préparer les scènes d’agression, et tout s’est passé avec beaucoup d’amour et de respect”.

Jérémy Renier, à l’interprétation aussi stupéfiante que dérangeante, a été choisi par la réalisatrice car “c’est un caméléon et que le rapport au corps est très important, c’est un langage des corps“.

Charlène Favier parvient à traiter ce sujet délicat sans tomber dans les clichés, sans complaisance, soulignant à dessein l’ambivalence.

Ce film est une réussite, enrichi des superbes images de Yann Maritaud qui contribuent à donner de la force à cette belle réalisation.

Slalom faisait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes 2020 et a été récompensé du Prix d’Ornano-Valenti au Festival de Deauville.

Jour2Fête – Sortie le 4 novembre 2020

Les femmes commencent à être nombreuses dans l’espace. Après Sandra Bullock dans Gravity et Eva Green plus récemment dans Proxima, c’est au tour d’Hilary Swank d’explorer cette zone à l’occasion de la première expédition sur Mars, dans une série Netflix.

Plus qu’aux prouesses technologiques, la série s’intéresse surtout à la psychologie des personnages. Celle de l’héroïne Emma Green interprétée par l’oscarisée Hilary Swank, crédible en commandant de bord mais qui doit gérer sa son sentiment de culpabilité de laisser derrière elle sa fille adolescente, interprétée par Talitha Bateman, et son mari victime d’une attaque, Josh Charles (vu dans The Good Wife).

Si le film Proxima d’Alice Winocour était majoritairement axé sur le cheminement des personnages avant le départ, Away se déroule en grande majorité dans l’espace. Et les autres personnages qui entourent le commandant ont également tous leurs faiblesses et leurs secrets, dévoilés au fil des épisodes qui font chacun le focus sur l’un d’entre eux : un vétéran russe (Mark Ivanir) qui doute des compétences du commandant, une scientifique chinoise (Vivian Wu), un pilote indien (Ray Panthaki) et un jeune plein de foi (Ato Essandoh, vu en policier dans Elementary). Si l’aspect psychologique fait la richesse de la série, certains épisodes souffrent de grandes longueurs, qui donneraient parfois envie de passer à l’épisode suivant.

Néanmoins l’interprétation de tous les acteurs, excellant chacun dans leur rôle, ainsi que la réussite des effets spéciaux méritent de s’intéresser à cette série. Malheureusement si elle était prévu par ses créateurs Andrew Hinderaker (“Penny Dreadful”) et Jason Katims (“Friday Night Lives”) pour durer, elle ne connaitra pas de saison 2, qui devait se dérouler sur Mars. La série, numéro un du top Netlfix plusieurs jours de suite, a été annulée, probablement à cause du budget.

En 2085, dans un Paris en ruines, deux survivants cherchent des vivres et de l’eau. Un frère et une soeur. L’un d’eux ne survivra pas. Des bobines de films découvertes conduiront le survivant à Bologne, plus précisément à la Cinémathèque. A l’occasion de sa traversée, le spectateur découvre que la Terre semble n’être plus qu’un immense désert. Un Appel semble pourtant attirer les rares survivants vers Athènes. Et si l’Humanité par­ve­nait à trou­ver la plé­ni­tude alors même que tout s’écroule et qu’elle est condam­née ? Le cinéma permettra-t-il de créer un lien et maintenir une unité entre les quelques survivants ?

Le réalisateur Jonathan Nossiter a grandi dans différentes grandes villes d’Europe. De nationalité américaine il vit maintenant en Italie. Sommelier reconnu, il a réalisé son premier film en 1990, Resident Alien, suivi en 1997 de Sunday, lauréat du Grand Prix du Festival de Sundance. Le cinéaste dirige ensuite Charlotte Rempling et Stellan Skarsgard -qui jouent également dans Last Words– dans Signs & Wonders, thriller psychologique tourné en Grèce et présenté en compétition au Festival de Berlin en 2000. Sa première réalisation engagée sera Mondovino, dans lequel il dresse un état des lieux du monde viticole, documentaire en sélection pour la compétition officielle au Festival de Cannes en 2004, à l’instar de Last Words dans la sélection 2020. Imaginez la réaction du comité de sélection du Festival, qui a visionné ce film durant le confinement, alors que les personnages sont atteints d’une mystérieuse toux et que la fin du monde est proche.

Dans cette nouvelle réalisation, Jonathan Nossiter parvient à mêler deux sujets : la crise climatique et la mort redoutée du cinéma. Il a ainsi défini son film dans un entretien à Variety : “C’est une lettre d’amour à la beauté et au pouvoir du cinéma en tant que lieu où les gens peuvent se retrouver… Je crois toujours, même s’il s’éteint, à l’acte d’aller au cinéma.”

Cette histoire éton­nante de la fin du monde, vécue par cinq der­niers êtres humains, interprétés par Kalipha Touray (rencontré par Jonathan Nossiter dans un camp de réfugiés), Nick Nolte, Charlotte Rampling, Alba Rohrwacher et Stellan Skarsgard, est librement adaptée d’une nouvelle de Santiago Amigorena Mes derniers mots.

Jonathan Nossiter a réalisé, co-écrit et monté lui-même le film. Dans cette étape réside une partie de l’efficacité du film, avec l’insertion de nombreux extraits de films mythiques de l’histoire du cinéma. La magie qu’il peut créer, l’unité entre les personnes qu’il peut susciter, sont ici très bien rendus. Charlotte Rempling a dit que “Quand le film commence,la catastrophe a déjà eu lieu, il n’y a plus rien. Mais quand on a perdu tout espoir, peut-être que renaît autre chose”.

Une fable terriblement actuelle.

Jour2Fête – 2h06 – Sortie le 21 octobre 2020

The­re­sa et Robert (Debra Winger et Richard Jenkins) ont pas­sé 26 ans à for­mer leur fille unique, Old Dolio (Evan Rachel Woods), à vivre de petites arnaques. Afin de réduire leurs charges, ils vivent dans un local envahi chaque jour d’une mousse rose qu’ils doivent écoper. Old Dolio est dissimulée derrière un grand rideau des grands rideaux de cheveux, le physique noyé dans des vêtements informes. La rencontre avec une jeune femme à son opposé, Mélanie (Gina Rodriguez), rapidement intégrée à leur bande, va tout changer.

Le jeu d’Evan Rachel Woods, qui habite totalement son personnage à l’apparence asexuée, aux prises avec des parents qui ne lui témoignent aucun preuve d’affection, porte à elle seule cette histoire aussi originale que touchante. Très vite le contraste avec Mélanie, jeune femme sexy, sensuelle et ultra-féminine crée un contraste qui vient rompre leur vie monotone rythmée d’arnaques répétitives.


La réalisatrice et scénariste Miranda July n’en ai pas à son coup d’essai, elle avait remporté avec son premier long métrage en 2005, Moi, toi et tous les autres, la Caméra d’Or au Festival de Cannes et l’International Filmmaker’s Award au Festival de Sundance. Elle est une artiste complète qui s’intéresse aux performances, au son (elle a sorti plusieurs albums), à l’image, à l’écriture -son roman Le Premier Méchant a été publié chez Flammarion, en 2015. Elle est également interprète et a crée son propre réseau de distribution de films.

Elle réalise avec Kajillionaire une pépite, un long métrage qui se démarquait nettement du reste de la sélection en compétition du Festival du Cinéma Américain de Deauville mais est malheureusement reparti sans aucun prix. Qu’importe, il aura laissé derrière lui l’impression d’avoir assisté à quelque chose d’extra-ordinaire, un moment de cinéma comme on les aime, quand ressortent tant le génie de son créateur que la beauté des émotions qui s’en dégagent.

Sortie le 30 septembre – 1h44 – Apollo Films

Autour de 1820, “Cookie” Figo­witz (John Magaro), un cui­si­nier expé­ri­men­té soli­taire et taci­turne, voyage vers l’ouest et finit par rejoindre un groupe de trap­peurs au fin fond de l’Oregon. Là, il se lie d’amitié avec King-Lu (Orion Lee), un immi­grant d’origine chi­noise qui cherche aus­si à faire for­tune. Ils vont rapi­de­ment s’associer pour créer une petite entre­prise pros­père, uti­li­sant une vache lai­tière très pri­sée par un riche pro­prié­taire (Toby Jones) des envi­rons pour fabri­quer des gâteaux…

Voici le pitch.

Et voici une photo tirée du film.

Donc à partir de là personnellement j’avais imaginé un western dans de beaux décors américains, avec un garçon sympathique qui fait des gâteaux, une sort de Festin de Babette au pays des orpailleurs. Mais en fait pas du tout.

Après une première heure de quasi-documentaire, sans autre son qu’une petite musique un brin agaçante, un embryon d’action et de dialogues se profilent à l’horizon. Et le spectateur pense alors avec une lueur d’espoir alors que le film va (enfin !) démarrer. Une relation se noue entre Cookie le pâtissier et King-Lu, qui le pousse à poursuivre dans sa confection de gâteaux pour amasser de l’argent et pouvoir s’en aller vers l’ouest. Iront-ils trop loin ?

L’histoire est en soi intéressante, mais le traitement est trop hermétique. La réalisatrice Kelly Reichardt place toujours au centre de ses réalisations les grands espaces américains et des récits de voyages, comme dans Old Joy ou La dernière piste. Mais l’aridité de la première heure du film pourrait en dissuader plus d’un, d’autant que le thème aurait pu être intéressant mais est finalement peu développé.

Ici pas de grands espaces et de beaux paysages, mais la vie hostile de trappeurs au début du XIXe en Oregon.

First Cow est le résultat d’une nouvelle collaboration entre Kelly Reichardt et le nouvelliste et scénariste Jonathan Raymond. Ce dernier, persuadé que « le format de la nouvelle est bien plus adapté au film [que le roman]. Le ratio est assez direct », avait ainsi adapté Old Joy, réalisé par Kelly Reichardt qu’il venait alors de rencontrer. Le film a été présenté au Festival de Sundance et au Festival international du film de Rotterdam. En 2008, il co-écrit pour elle le scénario de Wendy et Lucy, encore adapté de l’une de ses nouvelles.

Le problème semble ici l’hésitation entre la réalisation d’un documentaire et l’adaptation d’un format court, une nouvelle, trop peu développer. A trop hésiter, le spectateur est perdu.

La réalisatrice a remporté le Grand Prix du Festival de Deauville en 2013 avec son thriller écologique Night Moves en 2013. Une rétros­pec­tive inté­grale Kel­ly Rei­chardt aura lieu en sa pré­sence au Centre Pom­pi­dou à Paris du 23 jan­vier au 7 février 2021 www.centrepompidou.fr


A24 – 2h02

 Biographie Kelly Reichardt

Métiers RéalisatriceScénaristeChef monteur plusNationalité AméricaineNaissance 31 mars 1964 (Comté de Miami-Dade, Floride, États-Unis)Age 56 ans

BIOGRAPHIE

Né en 1964 à Miami de deux parents policiers, sa mère à la brigade des stupéfiants, son père à l’identification criminelle, Kelly Reichardt s’intéresse tout d’abord à la photographie, pour “faire bouger ces images” selon ses termes. Elle se sert pour cela de l’appareil photo paternel, ce même appareil qui lui sert quotidiennement à photographier des cadavres. 

Kelly quitte la Floride pour entrer à l’école du musée des beaux-arts à Boston, Massachusetts puis s’installe à New York en 1988. Elle entre dans le milieu du cinéma l’année suivante, en tant que directrice artistique pour L’Incroyable vérité, de Hal Hartley, dans lequel elle tient également un petit rôle. On la retrouve en 1991 dans l’équipe technique de Poison, de Todd Haynes. Elle enseigne parallèlement le cinéma à New York au Bard College.

C’est en 1994 qu’elle réalise son premier long-métrage, River of Grass, en toute illégalité et avec la police de Miami à ses trousses. Tourné en dix-neuf jours, il sera cité comme l’un des meilleurs films de 1995 par nombre de magazines américains, dont le New York Daily News, le Boston Globe et le San Francisco Guardian. Il est par ailleurs nominé au festival de Sundance. 

Scénariste, elle choisit et travaille elle-même toutes les sujets de ses films. C’est avec Jonathan Raymond, écrivain américain qu’elle rencontre grâce à Haynes, qu’elle adapte sa prochaine histoire, Old Joy, en 2006, après avoir réalisé deux court-métrages, Ode (1999) et “Then A Year” (2001). Elle finance le film grâce à l’héritage d’une vieille tante et découvre son paradis cinématographique : l’Oregon, où se tiendra dès lors l’action de ses prochains films. Old Joy remporte le prix du film indépendant  au Los Angeles Film Critics Awards, et est le premier long-métrage américain à être récompensé au festival du film de Rotterdam. Depuis ce film, elle monte systématiquement elle-même toutes ses réalisations.

Ayant trouvé ses thèmes de prédilection, elle continue de travailler à partir des nouvelles de Raymond et réalise en 2008 Wendy et Lucy, toujours dans l’optique d’un cinéma indépendant, tant financièrement qu’artistiquement parlant et inspiré des cinéastes des années 70, de Shirley Clarke à Ken Loach. Le film est récompensé à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard et l’interprète principale, Michelle Williams, reçoit deux récompenses pour sa prestation.

Après être repassée un temps par la case court-métrage, notamment avec “Travis” (2009), la réalisatrice sort l’anti western La Dernière Piste en 2011 dans lequel on retrouve Michelle Williams en tête d’affiche, ainsi que l’indispensable Oregon, partout présent à l’écran. Le film est sélectionné à la Mostra de Venise (2010) mais ne sort en France qu’en juin 2011.

Accélérant son rythme de réalisation, son film suivant, Night Moves, est réalisé en 2013 et récompensé du grand prix du jury à Deauville cette même année. Réunissant un trio d’exception, Jesse EisenbergDakota Fanning et Peter Sarsgaard, le film permet au public de découvrir deux inédits de la réalisatrice en France : River of Grass, qui n’a jamais été distribué chez nous, et le moyen-métrage Ode. Encore et toujours, le film est scénarisé à l’aide de Jonathan Raymond et prend place au fin fond de l’Oregon américain.  

Claire Lefranc 

 

CompétitionFirst CowAutour de1820,Cookie Figowitz, un cuisinier expérimentésolitaire ettaciturne,voyagevers l’ouest etfinitparrejoindreun groupe de trappeurs au fin fond de l’Oregon.Là, il se lie d’amitié avecKing-Lu, un immigrantd’origine chinoise qui cherche aussi à faire fortune. Ils vont rapidement s’associer pour créer une petiteentreprise prospère, utilisant une vache laitièretrès prisée par un riche propriétaire des environs pourfabriquer des gâteaux…

Née en Floride, elle étudie à l’École du musée des Beaux-Arts de Boston.En 1994, elle écrit et réalise son premierlong métrage,River of Grass. Les grands espaces américains et les récits de voyage deviennent les élémentscentraux de son univers cinématographique, comme dansOld Joy(2006), qui remporte le Tiger Awardau Festivalde Rotterdam, ouLadernièrepiste(2010), tourné dans les plainesdésertiques de l’Oregon. Elle remporteleGrand Prix du Festival de Deauvilleen 2013avecsonthriller écologiqueNight Moves

A seize ans, Sophie vient de perdre sa mère et traverse avec difficulté cette phase de deuil. Bien qu’entourée de sa sœur et son père, présent et disponible pour elles deux, mais aussi épaulée par ses meilleurs amis, Sophie a besoin de plus. Elle veut des relations physiques pour se sentir vivante, à de cide de perdre sa virginité et se lance dans une provocation des garçons. Ses amis auront beau la mettre en garde sur l’image de “fille facile” qu’elle risque de renvoyer, Sophie a besoin d’aller au bout de ce processus pour finalement réaliser que le sexe en lui-même n’est pas la solution à tout, tant que les véritables sentiments de l’amour apportent eux une vraie richesse dans la vie.

Ce premier film de Jessie Barr, dans le quel elle est l’interprète principale, a été écrit par elle et sa cousine, Jessica Barr, qui ont le même nom. Les deux cousines partagent également le fait d’avoir perdu un parent proche à l’adolescence. Ce “drame familial naturaliste”, tel que l’a décrit la réalisatrice, est donc partiellement inspiré de leur vécu.

La réalisation alterne entre film d’adolescents avec soirées, musique et sexe, hésitations / atermoiements d’une jeune fille désireuse de devenir une femme mais n’osant pas franchir le pas, et d’autres moments de douce tristesse. Cette difficile période de transition est assez bien décrite et interprétée, bien que le thème ait été déjà traité de nombreuses fois.

Jessie Barr était déjà connue pour sa création réalisation et interprétation de sa série OM City dans lequel le joue aux côtés de son mari Tom O’Brien, et le court-métrage Too long at the fair qu’elle a également co-écrit et co-réalisé. Les deux lui ont valu de nombreuses sélections dans des festivals internationaux.