Un célèbre auteur de romans policiers Harlan Thrombey (Christopher Plummer) est retrouvé mort égorgé dans son manoir le soir de ses 85 ans. Pour cette occasion, toute sa famille y était alors réunie. Tout semble indiqué un suicide. Mais c’est sans compter l’intervention de Benoit Blanc (Daniel Craig) mandaté par un mystérieux inconnu pour enquêter sur ce qui pourrait bien être un meurtre.

Le film prend des allures de Cluedo : chaque personnage a un mobile, qu’il s’agisse de sa bien dévouée famille, de son infirmière. Les interrogatoires sont l’occasion de flash back au soir de l’anniversaire, nous montrant tour à tour chaque personne, tous incarnés par un casting cinq étoiles : Jamie Lee Curtis, Tony Collette en hystérique new age, Chris Evans, Michael Shannon ou encore Ana de Armas. Cette galerie de portrait est un véritable festival.

Le réalisateur Rian Johnson a momentanément délaissé les superproductions pour s’initier au style “Agatha Christie”. Cela lui convient aussi bien qu’à Daniel Craig ici dans un rôle à contremploi. Tous relèvent le défi haut la main dans cet exercice de style totalement réussi.

En 2019, Lorna, institutrice, part sur les routes de Cornouailles avec son fiancé Jon afin de trouver un lieu de réception pour leur mariage. Elle est irrésistiblement attirée par le dernier, qui semble tout d’abord accessible : le Manoir de Pencraw, aussi appelé Les lapins noirs. Elle y fait la connaissance de Caroline, vieille dame qui semble propriétaire des lieux, et Endillion, qui est à son service.

Charmée mais perturbée par cet endroit aussi immense qu’inquiétant, Lorna se souvient avoir trouvé une photographie ancienne d’elle et sa mère adoptive prise devant ce manoir des années auparavant.

Quarante ans avant vivaient ici pendant les vacances les Alton, Nancy et Hugo et leurs quatre enfants.

Ce nouveau roman Un Manoir en Cornouailles (“Black Rabbit Hall”) de Eve Chase -le pseudonyme de la journaliste britannique et romancière Polly Williams- publié en 2015 a été décrit comme “une lecture obligatoire pour les fans de Kate Morton et Daphné du Maurier” (BookPage). Il est vrai que l’on retrouve les Cornouailles si chères à l’auteure de Rebecca, l’atmosphère lourde et étrange des vieilles demeures, leur histoire, leurs fantômes aussi. A l’instar de Kate Morton, le lecteur évolue entre deux périodes différentes, les liens se révélant au fil du roman.

J’ai d’abord été peu convaincue, au début du roman, par le personnage de Lorna, par ses atermoiements, son lien avec son fiancé, la découverte de ce manoir qui semblaient être effectivement les éléments d’un roman de Daphné du Maurier, écrivain que j’affectionne particulièrement, mais loin d’être du même niveau dans les premières pages.

Après plusieurs dizaines de pages, on commence à véritablement s’attacher aux personnages des années 1960, ceux de l’époque actuelle restant relativement sans intérêt, tout juste des “agents de liaison” avec le passé. L’atmosphère est elle très bien rendue, la description du manoir, des pièces délaissées, des esprits qui semblent s’y promener, tiennent le lecteur en haleine. On surtaute, on cesse de respirer, on tremble, on hésite, à l’instar des personnages. Les extérieurs, la nature un peu rude et symbole de liberté des Cornouailles, deviennent un personnage à part entière.

“Elle sait que ce manoir va lui manquer, comme les lieux qui portent à réécrire la carte de votre vie, ne serait-ce qu’un peu, des lieux qui vous prennent une partie de vous-même et vous donnent en change un peu de leur esprit.”

Et finalement je n’ai plus quitté le roman avant de l’avoir terminé, car il y a aussi du suspens dans cette histoire familiale.

Si vous apprécié cet univers, c’est l’occasion de (re)découvrir l’oeuvre de Daphné du Maurier qui reste le maître du genre, avec notamment Rebecca ou l’Auberge de la Jamaïque. Je vous recommande également l’excellente biographie de Tatiana de Rosnay Manderley for Ever qui permet de découvrir la véritable histoire de l’écrivain.

© Deauville, on t’aime!

Ramin (Arash Marandi) cherchait à fuir l’Iran, son pays d’origine, où l’homosexualité est sévèrement réprimée. Le bateau a bord duquel il était embarqué en direction de l’Europe le débarquera finalement à Veracruz, au Mexique, le laissant seul dans un pays dont il ne connaît même pas la langue.
Loin des siens, et en particulier de son petit ami qu’il a laissé derrière lui, il découvre une vie très différente, dans un pays où la plupart des habitants cherchent à partir pour une vie meilleure. Parmi eux, Guillermo (Luis Alberti), qui a lui quitter le Salvador et aspire à une vie meilleure, après avoir été impliqué dans le trafic de drogue. Il y aussi Leti (Edwarda Gurrola) jeune Mexicaine abandonnée par celui qu’elle aimait.

Chacun recherche une vie meilleure, dans cette ville portuaire point de départ et d’arrivée de tant d’êtres.

Née à Téhéran, la réalisatrice Bani Khoshnoudi a dû fuir son pays avec ses parents pendant la révolution. Elle aborde avec beaucoup de délicatesse et peut être même trop de douceur les thèmes de l’exil et de l’immigration. “Luciérnagas” est son premier long métrage de fiction, récompensé du Prix du Meilleur Film au Miami Film Festival et présenté en compétition au Festival du Film de Cabourg – les Journées Romantiques.

Hunter semble mener une vie parfaite avec son mari Richie, fils d’une famille importante et fortunée. On pourrait se croire dans “Mad Men” en la voyant passer ses journées à passer l’aspirateur et ramasser les feuilles mortes en attendant le retour de son mari le soir. Quand Hunter tombe enceinte, elle reste souriante et poursuit ses tâches quotidiennes. Sa distraction : avaler des petits objets. Cela commence par une bille, comme si cela était normal, puis les objets se font de plus en plus dangereux. Ce geste est son espace de liberté, quelque chose qu’elle contrôle. Ce trouble compulsif du comportement alimentaire est appelé le Pica. Son époux et sa belle-famille décident alors de contrôler ses moindres faits et gestes. Mais quelle pourrait-être la véritable raison de ce trouble ?

Le réalisateur Carlos Mirabella-Davis s’est inspiré pour la réalisation de ce premier film du calvaire enduré par sa grand-mère, internée et lobotomisée. Il a travaillé avec soin chaque image, et usé de couleurs saturées, le tout rappelant notamment le travail de David Lynch, pour mettre en exergue la façon dont sont bien souvent considérés et parfait encore traités les troubles psychiques. En dépit de scènes parfois difficiles à regarder, son talent et l’interprétation fascinante de la jeune Haley Bennett (“La Fille du train”). Cette dernière a d’ailleurs remporté le prix de la meilleure actrice au Tribeca Film Festival.

Le film a lui été récompensé par un Prix spécial du jury du 45ème anniversaire lors du Festival du Cinéma Américain de Deauville.

En salles le 15 janvier 2020

La nouvelle œuvre du réalisateur Terrence Malick se déroule en Autriche pendant la Seconde Guerre mondiale. Franz Jägerstätter, un paysan vivant dans un petit village de montagne refuse de prêter allégeance à Hitler. Accusé de trahison, il sera finalement fait prisonnier, laissant seules sa femme (suberbement interprétée par Valerie Pachner) et leurs trois filles, livrées à elles-mêmes dans une vie rude et un village où tous les habitants leur tournent le dos.

Le film qui dure 2h53 est divisé en deux parties : la première pleine de beauté et d’innocence dans ces pâturages autrichiens, mettant en valeur le travail de travail de la terre et la beauté de la nature, thèmes chers au réalisateur. Appelé une première fois au front, Frantz revient mais demeure hanté par ce qu’il a pu y voir. Rappelé une seconde fois, il ne peut se résoudre au silence. C’est le début de la seconde partie du film, dans laquelle son univers physique ne se résumera plus qu’à une cellule de prison, aux humiliations et privations.

Les amateurs de l’œuvre de Terrence Malick seront enchantés de cette nouvelle réalisation qui renoue avec les plus belles, telles que les “Moissons du ciel” ou “La Ligne Rouge”. La beauté des images portent à nouveau une véritable histoire et ne sont plus seulement un effet esthétique comme dans “The Tree of Life” ou “Knight of Cups”.

Ce nouveau film a d’autant plus de poids qu’il est inspiré de faits réels. Le personnage principal, interprété magistralement par August Diehl, a réellement existé. Le film met à l’honneur cet homme -magistralement interprète par August Diehl- qui se sacrifie au nom de la liberté.

“Une Vie Cachée” raconte l’histoire de ces héros de l’ombre qui se sont battus pour et avec leurs idées, ne renonçant pas à leurs valeurs, même menacés d’une peine capitale.

Le film était en compétition au Festival de Cannes où il a finalement été récompense des prix Oecuménique et François Chalais.

Il a également été projeté en avant-première au Festival du Cinéma Américain de Deauville en présence de l’actrice principale, très émue à l’issue de la projectiin par la réaction du public.

© Deauville, on t’aime!

Sortie en salle le 11 décembre 2019

Ils se sont rencontrés pendant une soirée d’été et revivent à présent, au gré de leurs souvenirs réciproques, leur histoire d’amour qui a suivi ce coup de foudre. Elle (interprétée par Linda Caridi) et Lui (interprété par Luca Marinelli) revivent ces moments à travers leur propre prisme, tantôt enjolivant les moments partagés, tantôt modifiant la réalité. Les différentes temporalités se mélangent et le réalisateur-auteur franco-italien Valerio Mieli plonge le spectateur dans un bain sensuel, un cinéma magnifique et d’une très grande émotion. Il avait été reçu en 2010 le Ruban d’argent du meilleur nouveau réalisateur pour “Dix hivers à Venise”.

Si tous les acteurs servent le scénario de Valerio Mieli, il faut particulièrement souligné l’interprétation de Luca Marinelli qui est prodigieux. Un acteur italien digne des plus belles années de ce cinéma. ténébreux et juste, il crève véritablement l’écran.

On peut le retrouver de nouveau dans le premier rôle du nouveau film de Petro Marcello, “Martin Eden”, adapté de l’œuvre de Jack London et qui a valu à l’acteur la Coupe Volpi de la meilleur interprétation masculine à la Mostra de Venise 2019.

“Ricordi?” était présenté au dernier Festival du Film de Cabourg les Journées Romantiques.

Suite à un rendez-vous nocturne, Carolyn Harper ne réapparaît pas chez elle. Dans cette petite ville tranquille de l’Illinois, sa mère, qui dirige la chorale du lycée, est dévastée. Seules trois adolescentes et leurs familles, touchées par l’indifférence générale autour de ce drame, vont tenter de l’aider. Une solidarité nouvelle va naître entre elles et les aider à surmonter le malaise provoqué par cette disparition.

La réalisatrice Jennifer Reeder qui vivait elle aussi dans une petite ville a expliqué avoir beaucoup regardé de teenage movies qui l’ont bien sûr en partie inspirée pour cette réalisation. Elle a beaucoup travaillé sur la lumière et les couleurs avec son directeur de la photographie pour “essayer de faire en sorte qu’on ait l’impression que le film est en apesanteur, un côté détaché, et pour ce faire un excellent moyen était d’utiliser les couleurs rose, magenta, violet qui plongent le film dans une ambiance presque féministe”. La solidarité féminine est en effet le point central de ce film dans lequel elle décrit les stratégies de survie des femmes, quelques soient leurs liens. Elle se serait également inspiré de “Twin Peaks” mais aussi de “Blue Velvet” pour le traitement de l’image. C’est là que l’on peut également se rendre compte de l’importance de sa formation, aux beaux arts et non dans une école de cinéma, sur son travail. Passionnée de BD, elle souhaitait également donner un effet de roman graphique” à son film.

Si l’image a un rôle prédominant dans le film, la musique n’est pas en reste avec notamment les scènes de chant de la chorale, qui font écho aux problèmes des femmes et “permettent d’apporter une harmonie dans un environnement où des choses étranges arrivent” comme l’explique la réalisatrice.

“Knives and Skin” est un ovni, aux images marquantes et parfois surprenantes, mais qui transportent le spectateur dans un univers à part, fait de couleurs chaudes et de musiques parfois quasi-mystiques. Que l’on adhère ou pas, il mérite d’être découvert pour découvrir le travail de cette réalisatrice qui avait avant réaliser essentiellement des clips.

En salles le 20 novembre

Jennifer Reeder en conférence de presse
au Festival du Cinéma Américain de Deauville

Cette réalisation de Bénédict Andrews est le récit d’une histoire méconnue, d’une autre facette de l’actrice Jean Seberg (interprétée par Krstien Stewart): elle d’une activiste en faveur des droits civiques des Noirs américains. Repérée par le Gouvernement, elle subira les pressions exercés par le FBI, la poussant à bout. En 1970, alors qu’elle est enceinte de sept mois d’un homme rencontré au Mexique, et en plein divorce avec Romain Gary (Yvan Attal), elle ira jusqu’à la tentative de suicide, perdant son enfant.

Kristen Stewart, présente au Festival du Cinéma Américain de Deauville pour recevoir un Deauville Talent Award, s’est exprimée sur son rôle dans ce film, expliquant qu’elle “trouvait ça dingue qu’on ne connaisse pas cette histoire” et apprécie le fait que Jean Seberg “était impliquée dans le mouvement mais n’en était pas le visage”. L’actrice interprète avec finesse et élégance ce rôle. La relation avec son mari Romain Gary est ici très peu abordée, ne faisait pas l’objet du film. Yvan Attal y a ainsi un tout petit rôle, se retrouvant selon ses propres mots “comme un jeune acteur”. Il l’a accepté pour l’expérience de travailler à l’étranger mais n’était pas ici la star. Cette fragilité était selon lui “toujours intéressante à retrouver”.

Le réalisateur nous permet de découvrir cette partie totalement méconnue de l’histoire de l’actrice décédée dans des conditions mystérieuses à quarante ans. Le producteur de cinéma Alain Mamou-Mani a lui aussi déclaré “c’est impossible qu’il s’agisse d’un suicide”. Il s’exprime à la lumière des recherches effectuées pour le roman qu’il a coécrit avec Antoine Lassaigne et qui vient de paraître “Kill Jean” aux éditions Balzac, dans le quel des personnages de fiction développent la théorie de l’assassinant de l’actrice. A ce jour, le mystère demeure.

Le film était présenté hors compétition à la Mostra de Venise et en avant-première lors de la soirée hommage à Kristen Stewart.

Kristen Stewart et Yvan Attal le soir de la projection en avant-première au Festival

Après sa sélection au Festival de Cannes auquel la réalisatrice Céline Sciamma a remporté le Prix du scénario, le film était également présenté au Festival du Film de Cabourg – les Journées Romantiques.

L’histoire se déroule en 1770. Marianne (Noémie Merlant) est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse (Adèle Haenel), une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle l’observe.

Le film ne comprend quasiment aucune musique -à l’exception de deux brefs passages- , reposant ainsi entièrement sur le rythme rendu par l’image : l’utilisation de plans-séquences pour filmer l’évolution du travail de la peintre, les mouvements des personnages… Un tel exercice ne pourrait être possible sans deux actrices fortes., à même d’endosser de tels rôles. Aucune fioriture ici, juste juste deux actrices en costume, évoquant parfois le style épuré d’une pièce de théâtre classique. Noémie Merlant, présente dans presque toutes les scènes, et Adele Haenel, qui avait déjà collaboré avec la réalisatrice dans son premier long métrage “Naissance des Pieuvres” portent le film d’un bout à l’autre sans que l’on pense une seconde à détourner le regard par ennui.

Ces portraits de femmes, sentimentales et intelligentes, revisitant le lien muse/artiste sous un jour nouveau, sont d’une grande beauté.

En salles le 18 septembre

Projection en avant-première lors du Festival

La nouvelle réalisation de Gurinder Chadah, réalisatrice de “Joue la comme Beckham” et “Le Dernier Vice Roi des Indes”, a été saluée par une standing ovation à l’issue de sa projection en avant-première au Festival du Cinéma Américain de Deauville.

Fin des années 1980 dans une Angletterre en pleine crise politique et économique sous la Dame de fer, Javed, adolescent d’origine pakistanaise, se réfugie dans l’écriture pour échapper au racisme ambiant et au destin que son père, très conservateur, imagine pour lui.  Sa vie va être bouleversée le jour où l’un de ses camarades lui fait découvrir l’univers de Bruce Springsteen. Touché par les paroles du “Boss” qui semblent décrire tout ce qu’il vit, Javed va être animé d’un nouvel élan.


Ce film est inspiré d’une histoire vraie, objet du livre “Greetings from Bury Park”, récit autobiographique du journaliste Sarfraz Manzoor, passionné par Bruce Springsteen. La réalisatrice, présente à Deauville, a expliqué avant la projection les débuts de ce film : alors qu’elle était avec l’auteur à la projection d’un documentaire sur Bruce Springsteen, ils ont rencontré le chanteur, et lui ont demandé en personne si elle pouvait adapter le livre en film. Le chanteur a donné immédiatement son accord.

Elle a choisi pour le rôle principal Viveik Kalra, dont c’est le premier film et qui transforme parfaitement l’effet.

Dans ce feel good movie la réalisatrice parvient à aborder la situation en Angleterre à cette époque sur fond de tubes de Bruce Springsteen. Néanmoins elle semble n’avoir pas su choisir entre comédie musicale et comédie dramatique, créant un léger déséquilibre entre les deux moitiés du film et des longueurs dans la première partie.

Heureusement, la bonne humeur l’emporte à la fin.