Autour de 1820, “Cookie” Figo­witz (John Magaro), un cui­si­nier expé­ri­men­té soli­taire et taci­turne, voyage vers l’ouest et finit par rejoindre un groupe de trap­peurs au fin fond de l’Oregon. Là, il se lie d’amitié avec King-Lu (Orion Lee), un immi­grant d’origine chi­noise qui cherche aus­si à faire for­tune. Ils vont rapi­de­ment s’associer pour créer une petite entre­prise pros­père, uti­li­sant une vache lai­tière très pri­sée par un riche pro­prié­taire (Toby Jones) des envi­rons pour fabri­quer des gâteaux…

Voici le pitch.

Et voici une photo tirée du film.

Donc à partir de là personnellement j’avais imaginé un western dans de beaux décors américains, avec un garçon sympathique qui fait des gâteaux, une sort de Festin de Babette au pays des orpailleurs. Mais en fait pas du tout.

Après une première heure de quasi-documentaire, sans autre son qu’une petite musique un brin agaçante, un embryon d’action et de dialogues se profilent à l’horizon. Et le spectateur pense alors avec une lueur d’espoir alors que le film va (enfin !) démarrer. Une relation se noue entre Cookie le pâtissier et King-Lu, qui le pousse à poursuivre dans sa confection de gâteaux pour amasser de l’argent et pouvoir s’en aller vers l’ouest. Iront-ils trop loin ?

L’histoire est en soi intéressante, mais le traitement est trop hermétique. La réalisatrice Kelly Reichardt place toujours au centre de ses réalisations les grands espaces américains et des récits de voyages, comme dans Old Joy ou La dernière piste. Mais l’aridité de la première heure du film pourrait en dissuader plus d’un, d’autant que le thème aurait pu être intéressant mais est finalement peu développé.

Ici pas de grands espaces et de beaux paysages, mais la vie hostile de trappeurs au début du XIXe en Oregon.

First Cow est le résultat d’une nouvelle collaboration entre Kelly Reichardt et le nouvelliste et scénariste Jonathan Raymond. Ce dernier, persuadé que « le format de la nouvelle est bien plus adapté au film [que le roman]. Le ratio est assez direct », avait ainsi adapté Old Joy, réalisé par Kelly Reichardt qu’il venait alors de rencontrer. Le film a été présenté au Festival de Sundance et au Festival international du film de Rotterdam. En 2008, il co-écrit pour elle le scénario de Wendy et Lucy, encore adapté de l’une de ses nouvelles.

Le problème semble ici l’hésitation entre la réalisation d’un documentaire et l’adaptation d’un format court, une nouvelle, trop peu développer. A trop hésiter, le spectateur est perdu.

La réalisatrice a remporté le Grand Prix du Festival de Deauville en 2013 avec son thriller écologique Night Moves en 2013. Une rétros­pec­tive inté­grale Kel­ly Rei­chardt aura lieu en sa pré­sence au Centre Pom­pi­dou à Paris du 23 jan­vier au 7 février 2021 www.centrepompidou.fr


A24 – 2h02

 Biographie Kelly Reichardt

Métiers RéalisatriceScénaristeChef monteur plusNationalité AméricaineNaissance 31 mars 1964 (Comté de Miami-Dade, Floride, États-Unis)Age 56 ans

BIOGRAPHIE

Né en 1964 à Miami de deux parents policiers, sa mère à la brigade des stupéfiants, son père à l’identification criminelle, Kelly Reichardt s’intéresse tout d’abord à la photographie, pour “faire bouger ces images” selon ses termes. Elle se sert pour cela de l’appareil photo paternel, ce même appareil qui lui sert quotidiennement à photographier des cadavres. 

Kelly quitte la Floride pour entrer à l’école du musée des beaux-arts à Boston, Massachusetts puis s’installe à New York en 1988. Elle entre dans le milieu du cinéma l’année suivante, en tant que directrice artistique pour L’Incroyable vérité, de Hal Hartley, dans lequel elle tient également un petit rôle. On la retrouve en 1991 dans l’équipe technique de Poison, de Todd Haynes. Elle enseigne parallèlement le cinéma à New York au Bard College.

C’est en 1994 qu’elle réalise son premier long-métrage, River of Grass, en toute illégalité et avec la police de Miami à ses trousses. Tourné en dix-neuf jours, il sera cité comme l’un des meilleurs films de 1995 par nombre de magazines américains, dont le New York Daily News, le Boston Globe et le San Francisco Guardian. Il est par ailleurs nominé au festival de Sundance. 

Scénariste, elle choisit et travaille elle-même toutes les sujets de ses films. C’est avec Jonathan Raymond, écrivain américain qu’elle rencontre grâce à Haynes, qu’elle adapte sa prochaine histoire, Old Joy, en 2006, après avoir réalisé deux court-métrages, Ode (1999) et “Then A Year” (2001). Elle finance le film grâce à l’héritage d’une vieille tante et découvre son paradis cinématographique : l’Oregon, où se tiendra dès lors l’action de ses prochains films. Old Joy remporte le prix du film indépendant  au Los Angeles Film Critics Awards, et est le premier long-métrage américain à être récompensé au festival du film de Rotterdam. Depuis ce film, elle monte systématiquement elle-même toutes ses réalisations.

Ayant trouvé ses thèmes de prédilection, elle continue de travailler à partir des nouvelles de Raymond et réalise en 2008 Wendy et Lucy, toujours dans l’optique d’un cinéma indépendant, tant financièrement qu’artistiquement parlant et inspiré des cinéastes des années 70, de Shirley Clarke à Ken Loach. Le film est récompensé à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard et l’interprète principale, Michelle Williams, reçoit deux récompenses pour sa prestation.

Après être repassée un temps par la case court-métrage, notamment avec “Travis” (2009), la réalisatrice sort l’anti western La Dernière Piste en 2011 dans lequel on retrouve Michelle Williams en tête d’affiche, ainsi que l’indispensable Oregon, partout présent à l’écran. Le film est sélectionné à la Mostra de Venise (2010) mais ne sort en France qu’en juin 2011.

Accélérant son rythme de réalisation, son film suivant, Night Moves, est réalisé en 2013 et récompensé du grand prix du jury à Deauville cette même année. Réunissant un trio d’exception, Jesse EisenbergDakota Fanning et Peter Sarsgaard, le film permet au public de découvrir deux inédits de la réalisatrice en France : River of Grass, qui n’a jamais été distribué chez nous, et le moyen-métrage Ode. Encore et toujours, le film est scénarisé à l’aide de Jonathan Raymond et prend place au fin fond de l’Oregon américain.  

Claire Lefranc 

 

CompétitionFirst CowAutour de1820,Cookie Figowitz, un cuisinier expérimentésolitaire ettaciturne,voyagevers l’ouest etfinitparrejoindreun groupe de trappeurs au fin fond de l’Oregon.Là, il se lie d’amitié avecKing-Lu, un immigrantd’origine chinoise qui cherche aussi à faire fortune. Ils vont rapidement s’associer pour créer une petiteentreprise prospère, utilisant une vache laitièretrès prisée par un riche propriétaire des environs pourfabriquer des gâteaux…

Née en Floride, elle étudie à l’École du musée des Beaux-Arts de Boston.En 1994, elle écrit et réalise son premierlong métrage,River of Grass. Les grands espaces américains et les récits de voyage deviennent les élémentscentraux de son univers cinématographique, comme dansOld Joy(2006), qui remporte le Tiger Awardau Festivalde Rotterdam, ouLadernièrepiste(2010), tourné dans les plainesdésertiques de l’Oregon. Elle remporteleGrand Prix du Festival de Deauvilleen 2013avecsonthriller écologiqueNight Moves

A seize ans, Sophie vient de perdre sa mère et traverse avec difficulté cette phase de deuil. Bien qu’entourée de sa sœur et son père, présent et disponible pour elles deux, mais aussi épaulée par ses meilleurs amis, Sophie a besoin de plus. Elle veut des relations physiques pour se sentir vivante, à de cide de perdre sa virginité et se lance dans une provocation des garçons. Ses amis auront beau la mettre en garde sur l’image de “fille facile” qu’elle risque de renvoyer, Sophie a besoin d’aller au bout de ce processus pour finalement réaliser que le sexe en lui-même n’est pas la solution à tout, tant que les véritables sentiments de l’amour apportent eux une vraie richesse dans la vie.

Ce premier film de Jessie Barr, dans le quel elle est l’interprète principale, a été écrit par elle et sa cousine, Jessica Barr, qui ont le même nom. Les deux cousines partagent également le fait d’avoir perdu un parent proche à l’adolescence. Ce “drame familial naturaliste”, tel que l’a décrit la réalisatrice, est donc partiellement inspiré de leur vécu.

La réalisation alterne entre film d’adolescents avec soirées, musique et sexe, hésitations / atermoiements d’une jeune fille désireuse de devenir une femme mais n’osant pas franchir le pas, et d’autres moments de douce tristesse. Cette difficile période de transition est assez bien décrite et interprétée, bien que le thème ait été déjà traité de nombreuses fois.

Jessie Barr était déjà connue pour sa création réalisation et interprétation de sa série OM City dans lequel le joue aux côtés de son mari Tom O’Brien, et le court-métrage Too long at the fair qu’elle a également co-écrit et co-réalisé. Les deux lui ont valu de nombreuses sélections dans des festivals internationaux.

Pour sa première réalisation, Nicole Riegel a choisi de relater un drame personnel sur les jeunes filles vivant dans la région des Appalaches. L’histoire se déroule dans sa ville natale de Jackson, Ohio.

Dans ce coin perdu où les usines ferment les unes après les autres, une jeune fille intelligente et vive, Ruth, a l’opportunité de chan­ger de vie en étant accepter à l’université. En l’absence de leur mère incarcérée, et afin de payer les factures et ses futurs frais de sco­la­ri­té, elle rejoint avec son frère aîné une bande de fer­railleurs. Ils tra­vaillent dur la jour­née et volent des métaux pré­cieux la nuit dans les usines fermées.

La réalisatrice a souhaité raconter ici l’histoire des jeunes filles en Amérique qui encore trop souvent peinent à avoir accès à une éducation aussi poussée qu’elles le pourraient, car en l’absence de parents pour subvenir à leurs besoins, ou des fonds nécessaires au règlement de frais de d’université très élevés aux Etats-Unis, doivent renoncer et prendre des emplois peu rémunérés et qui ne nécessitent pas de qualification particulière.

Au cours du film, plusieurs pistes sont lancées qui ne sont finalement pas exploitées, brouillant les pistes mais laissant également une impression d’inachevé, voire même un manque de réalisme.

S’il s’agit du premier long métrage de Nicole Rieger, la scénariste et réalisatrice n’est pas une inconnue dans le monde du cinéma indépendant. Elle fait en effet partie en 2014 de la liste des 25 nouveaux visages de ce dernier, classement établi par Filmmaker Magazine. Elle a bénéficié du soutien du Sundance Institute en participant à des ateliers d’écriture , de musique et de sonorisation. Elle fait cette année partie de la liste des dix réalisateurs à suivre établie par Variety.

Le film était présenté à au 46e Festival du Film de Deauville en première mondiale.

© Deauville, on t’aime!

Way­land sort de pri­son après avoir pur­gé une peine de 15 ans pour bra­quage à main armée. De retour dans sa ville ouvrière natale, il tombe par hasard sur Dolores, son amour de jeu­nesse. Deve­nue mère céli­ba­taire, elle se bat pour éle­ver ses trois enfants. Peu après leurs retrou­vailles, Way­land emmé­nage chez cette famille chao­tique et devient contre son gré la figure pater­nelle man­quante. Les fins de mois sont dif­fi­ciles, et Way­land va se laisser rattraper par ses vieux démons, tan­dis que Dolores aspire à réa­li­ser son rêve de jeune fille : vivre à Los Angeles. Peut-on sortir du cercle vicieux de la pauvreté, des petits boulots, de l’illégalité qui rapporte elle plus d’argent plus rapidement ?

Ce premier film de Sabrina Doyle est porté par l’interprétation du gros dur au cœur tendre incarné par Pablo Schreiber, qui donne la réplique à Jena Malone. Certains éléments du scénario prennent trop de place alors qu’ils n’apportent finalement pas grand chose à l’histoire, tandis que d’autres sont trop rapidement traités, notamment la scène de la piscine qui aurait méritée d’être récurrente afin d’avoir une plus grande crédibilité. La dernière scène est elle aussi beaucoup trop longue. Mais l’histoire et l’interprétation restent touchants et méritent de voir le film.

1h51 –

Le jeune Daniel (Cress Williams), fils d’un Marine, perd sa sœur aînée victime d’un assassinat. Quinze ans plus tard, le jeune homme est garagiste et espère suivre les traces de son père. Il fait la connaissance de Cassie, lycéenne douée et pétillante en dernière année. Une relation amoureuse va naître entre eux, mais l’ombre des drames passés plane au-dessus d’eux.

Ce drame est la quatrième réalisation du scénariste et réalisateur Kerem Sanga, qui avait été récompensé en 2016 au Festival de Sundance pour son long-métrage First Girl I Loved.

L’intrigue débute bien et serait plutôt intéressante, d’autant qu’elle est bien interprétée. Néanmoins l’un des éléments principaux est deviné très vite, et les ficelles deviennent trop grosses, perdant en crédibilité à la fin.


1h47

Ruben (Riz Ahmed) et Lou (Olivia Cooke, actrice principale de Katie says goodbye), dans leur cara­vane, sillon­nent les États-Unis dans leurs caravanes, allant d’une ville à l’autre pour donner des concerts de chansons Métal. Alors que sa copine hurle dans le micro, Ruben, lui, l’accompagne à la bat­te­rie. Mais un jour, il n’entend plus qu’un bour­don­ne­ment étouf­fé. Le diag­nos­tic du méde­cin est sans appel : Ruben souffre d’une perte audi­tive et sera bien­tôt sourd. L’anxiété et la dépres­sion le guettent, et Lou s’inquiète qu’il ne replonge dans ses anciennes addictions. Le couple va devoir prendre une déci­sion dif­fi­cile : s’éloigner le temps que Ruben s’installe dans une communauté où les personnes malentendantes apprennent à vivre avec leur surdité.

Cette première réalisation de Darius Marder est plus qu’un simple film sur le fait de devenir malentendant : il s’agit d’une véritable expérience cinématographique totalement perturbante tant elle semble réaliste. Le réalisateur a choisi comme il l’explique de se concenter sur le POH i.e. “Point Of Hearing”, que l’on pourrait traduire par ce que l’on entend, par opposition of traditionnel “point of view”, point de vue.

Car en effet l’objectif du film est de donner l’impression au spectateur de subir les mêmes sensations que le héros. Et tant la technique que l’interprétation fabuleuse de Riz Ahmed nous donnent vraiment l’impression de perdre progressivement l’audition, à tel point que l’expérience en est aussi surprenante que dérangeante.

Afin d’aider l’acteur dans son interprétation, le tournage a été chronologique afin que chaque étape soit vécue et interprétée dans une suite logique. Riz Ahmed était de plus équipé d’oreillettes, grâce auxquelles le réalisateur avait le contrôle de régler à distance l’intensité sonore, ou même de couper complètement le son en mettant un son blanc, ainsi l’acteur n’entendait plus sa propre voix, ou alors de de façon atténuée.

Pour aller au bout de la démarche, le film a été adapté aux sourds et malentendants et est entièrement sous-titrée de façon à décrire les sensations pour les spectateurs ne pouvant les entendre.

Outre la prouesse technique et l’excellente réalisation, le message est également très beau car le film porte sur l’acception de la surdité, et ne pas considérer cela comme un handicap ou quelque chose de cassé qu’il faudrait réparer à tout prix. Ce qui compte à partir de ce moment est de retrouver la sérénité, tout en acceptant.

Après avoir participé au scénario de The Place beyond the pines en 2012, l’idée celui-ci lui est venue à Darius Marder d’une discussion qu’il a eue avec Charlotte Gainsbourg, grâce à laquelle il a également rencontré Mathieu Amalric -qui fait une apparition à la fin. Lui-même a présenté Arthur H au réalisateur. Le musicien, qui apparaît très brièvement, a composé la dernière chanson du film.

Dans cette production franco-belge, l’acteur principal n’a pas dû être trop dépaysé. En effet l’acteur-rappeur Riz Ahmed a travaillé aux cotés de Jean-Jacques Annaud dans Or Noir et de Jacques Audiard dans Les frères sisters.

Le film a été récompensé au Zurich Film Festival et est également nommé au Festival de Toronto.

Sony Pic­tures Relea­sing Inter­na­tio­nal – 2h

Trois his­toires qui évoquent l’amour, la fidélité et l’amitié. Il y a d’abord Two for Din­ner dans laquelle un couple marié qui vit tem­po­rai­re­ment loin l’un de l’autre tente de maintenir une relation proche et romantique avec FaceTime. Dans Sai­ling Les­son un vieux couple tente de raviver la flamme mais se retrouve dans une situa­tion inat­ten­due. Late Lunch dans laquelle une jeune femme qui vient de perdre sa mère invite à déjeu­ner les amies de la défunte afin d’évoquer son sou­ve­nir. Des révé­la­tions vont écla­ter au grand jour.

Cette comédie dramatique d’Eleanor Coppola (l’épouse du réalisateur Francis Ford Coppola) était sa seconde réalisation, à l’âge de 84 ans, ce qui constitue un record car elle a été la femme la plus âgée à réaliser son premier film : Paris can Wait disponible sur Netflix.

Le beau casting d’acteurs (Joanne Whalley, Chris Messina, Rosanna Arquette) ne suffit pas à sauver ce film. Le premier tableau est touchant quand l’on pense que cela a été pensé par une femme qui n’est absolument pas de la génération du numérique. Le dernier tableau s’étend lui en longueurs, avec une alternance entre platitudes et bons sentiments le tout complété par de ridicules clichés sur la France.

Même dans une comédie américaine, la mièvrerie et les références à la France sont à manier avec précaution, sous peine de tomber dans le ridicule. L’écueil n’a malheureusement pas été éviter.

Bon­jour Anne – 1h31

© Deauville, on t’aime !

Une famille amé­ri­caine d’origine sud-coréenne s’installe dans l’Arkansas où le père de famille qui rêve depuis toujours d’une grande parcelle pour faire pousser des légumes coréens, créer son jardin d’Eden. Il a investi pour cela la quasi-totalité de leurs économies dans ce terrain et un mobile home, et doit continuer en parallèle à travailler avec sa femme dans une usine où ils sont sexeurs de poussins. Leurs enfants Anne et David devront eux aussi s’habituer à cette nouvelle vie, notamment le petit gar­çon qui souffre d’un souffle au coeur et devra aussi à la pré­sence d’une grand-mère coréenne qu’il ne connais­sait pas.

Il décrit avec beaucoup de tendresse et d’amour les liens familiaux, dont les valeurs sont particulièrement chères dans la culture asiatique : le lien entre la maman et son petit-garçon malade, entre frère et soeur, les relations au sein du couple et surtout le lien qui se créer entre ce petit-garçon et une grand-mère qu’il ne connaissait pas et “ne ressemble pas à une mamie”. Tous font de ce film sa richesse et sa beauté.

D’autant que cette histoire universelle est interprétée par des acteurs aussi émouvants que drôles. L’acteur principal Steven Yeun (The Big Band Theroy, Okja sélection à Cannes en 2017 et Burning de Lee Chang-Dong) est entouré de Yeri Han, Youn Yuh Jung, Alan Kim, Noel Kate Cho et Will Patton dans un rôle à contremploi.

Le travail de la terre est également valorisé, avec les magnifiques images de Lachlan Milne. Si le protagoniste cultive des légumes coréens, le titre du film, minari, rappelle la plante que cultive la grand-mère.

Le premier long-métrage de Lee Isaac Chung, Munyuragando, une drame sur une famille rwandaise, était présenté en 2007 au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard. Minari est sa quatrième réalisation qui retrace son histoire personnelle, et c’est pour cette raison qu’il a choisi volontairement d’attendre d’avoir mûri tant dans sa personnalité et que dans son art avant de la porter à l’écran. Quelle réussite.

1h55 – ARP

En 1973, Betty (Sophie Lillis), encore ado­les­cente, quitte Creekville, sa cam­pagne natale pour aller étu­dier à l’Université de New York où enseigne son oncle Frank (Paul Bettany), un pro­fes­seur de lit­té­ra­ture répu­té. Ce dernier la conseille et l’épaule, influençant positivement ses choix de vie. Arrivée à New-York, elle découvre rapi­de­ment qu’il est homo­sexuel et qu’il par­tage sa vie depuis long­temps avec son com­pa­gnon Wal­ly ; une rela­tion qu’il a tou­jours gar­dée secrète, y compris au sein de sa famille. Mais le jour où Mac, le patriarche grin­cheux de la famille, décède subi­te­ment, Frank est contraint de retour­ner auprès des siens, accom­pa­gné de Beth et Wal­ly, afin d’assister aux funé­railles. Durant le tra­jet, il doit confron­ter les fan­tômes de son pas­sé et regar­der sa famille en face une fois arri­vé sur place.

Si le thème est pour le moins courant, le traitement est d’une grande sensibilité et délicatesse. Et ce probablement en grande partie car Alan Ball, qui a écrit et réalisé Uncle Frank, retrace ici une histoire personnelle a double titre : à 33 ans il s’est lui-même rendu dans sa famille à Marietta pour leur annoncer son homosexualité. Sa mère lui a par ailleurs raconté l’histoire d’un ami de la famille, homosexuel également, mais qui ne pouvait pas le vivre ouvertement à l’époque dans les années 1930.

L’interprétation tout en finesse de Paul Bettany dans différents registres font regretter de ne pas voir l’acteur plus souvent dans des rôles à sa mesure.

Les quelques retours en arrière sur une histoire passée destinés à apporter un éclairage sur son comportement et ses décisions sont toujours amenés au bon moment de l’intrigue, sans trop empiéter sur l’instant présent, et le fil se déroule ainsi progressivement sans aucune longueur ni facilité.

Alan Ball a débuté sa carrière en tant que directeur artistique pour différentes pièces, notamment des comédies théâtrales. Après son déménagement de New-York pour Hollywood, sa carrière a pris un tournant : il est devenu scénariste et producteur. Son scénario d’American Beauty lui a valu en 1999 l’Oscar du meilleur scénario original ainsi que le Golden Globe du meilleur scénario. Il crée ensuite pour HBO les séries Six Feet Under, qui lui a valu deux Golden Globes et six Emmy Awards, puis True Blood. Il signe ici son second long-métrage.

Dans sa vidéo de présentation le réalisateur a déclaré dédié ce film en “hommage à tous ceux de la communauté LGBT qui ont du lutter pour être acceptés.”

Le film sortira sur Amazon Prime Vidéo, mais la date n’est à ce jour pas connue.

Ama­zon Stu­dios – 1h35

Jane, une jeune diplô­mée d’une grande université américaine, rêve de deve­nir productrice. Elle vient d’être enga­gée comme assis­tante d’un grand diri­geant, nabab du diver­tis­se­ment. Sa jour­née type res­semble est composée de tâches redondantes et basiques : faire du café, remettre du papier dans le pho­to­co­pieur, com­man­der à déjeu­ner, orga­ni­ser des voyages, prendre les mes­sages. Le tout sur une très plage horaire et week-ends inclus, ce afin de prouver sa motivation. Mais au fil de cette jour­née, Jane se rend pro­gres­si­ve­ment compte de situations qui la dérangent.

Il s’agit de la première fiction long métrage de la scénariste et réaliste de 36 ans Kitty Green. Son premier long-métrage documentaire Ukraine is Not a Brothel, sur le mouvement féministe ukrainien, était présenté au Festival de Venise en 2013 puis a remporté l’Oscar australien du Meilleur film documentaire.

Après avoir entendu parler du scandale lié à l’affaire Weinstein, elle décide de faire des recherches sur le sexisme dans le monde du travail, thème de son premier long métrage de fiction The Assistant.

Kitty Green signe ici un premier film qui pousse d’autant à la réflexion et à la prise de conscience qu’il est tout en retenu. L’héroïne est vêtue sobrement, ramasse ce que les autres ont laissé traîner, prend les appels que ses collègues souhaitent éviter, sachant que rien de bon n’en débouchera, bien au contraire. Pas de musique rythmée ici pour montrer tout ce qu’elle fait : c’est la monotonie et la répétition qui rythment le film. Le Directeur reste lui invisible : aucun acteur ne l’incarne. Il est pourtant omniprésent : la pression qu’il exerce sur ses collaborateurs, ses moindres désirs anticipés et exaucés. L’assistante doit lui envoyer des messages électroniques dans lesquels elle s’excuse, rédigés avec l’aide de ses collègues : cet exercice semble monnaie courante pour perdurer dans la société et ne pas être renvoyé.

The Assistant était également présenté au Festival de Sundance. Le rôle principal est interprété avec beaucoup de justesse par Julia Garner que les fans de la série Ozark sur Netflix connaissent bien dans le rôle de Ruth. Si son rôle est ici nettement plus sobre, le point commun est d’être dans des situations qui ‘e lui permettent pas d’ exploiter ses nombreuses capacités. Pour ceux qui préfèrent OCS, vous retrouverez aussi dans le film l’acteur Mat­thew Mac­fa­dyen de la série Succession.


1h27 Protagonist Pictures