“Dans le grand salon, ce matin baigné de soleil, ils sont là tous les trois. Léonard Sézeneau, sa femme, et elle, Livia, un peu comme trois acteurs sur une scène, encore ignorant de leurs rôles.”

Léonard Sézeneau, professeur quadragénaire français installé en Suède, épouse la jeune Hulda. Elle a vingt ans de moins que lui. Tout semble leur sourire au début de cette vie conjugale : de beaux enfants, un poste de négociant en vin qui lui est proposé, une fortune qui s’accroît, un magnifique appartement en plein coeur de Stockholm, des amis, des réceptions. Mais cette jeune femme est rapidement dépassée par la charge de ces jeunes enfants à éduquer, aussi son mari engagera-t-il une jeune gouvernante suédoise, Livia, pratiquement du même âge que sa très jeune femme. La figure paternelle est autoritaire et peu présente, souvent en voyages pour son nouveau travail. La jeune femme n’a guère d’autorité et ne parvient pas à se faire respecter ni de son personnel ni de ses enfants. Livia, elle, aura le ton juste avec tous, s’attirant l’affection des enfants.

Des relations ambigües se développent entre les différents protagonistes : une compréhension mutuelle entre le maître des lieux et la jeune gouvernante cultivée. Etrange amitié également qui se noue entre Livia et la jeune mère esseulée.

L’auteure Marie Sizun, à partir de photos retrouvées et d’un prénom, Livia, évoqué un jour au cours d’une conversation, retrace et romance son histoire familiale, investiguant malgré les réticences de certains parents à évoquer ces personnages d’une autre époque : “ce que je voudrais comprendre, c’est la manière dont tout cela est arrivé, pénétrer ce mystérieux tégument de hasards, de désirs et de rêves dont se font nos vies”.

L’auteure narratrice nous mène ainsi des salons bourgeois de Stockholm au village de Meudon au XIXè siècle, sur les pas d’une famille qui connaîtra d’abord une réussite fulgurante avant un long et irrémédiable déclin.

“Comme si une fatigue sournoise s’était installée au coeur de chacun, une usure du rôle à tenir, une paresse à monter sur scène,e le sentiment que la pièce, cette fois, ne se jouerait pas.”

Les atmosphères d’abord légères puis pesantes sont décrites au présent, avec un style sobre mais élégant, très pictural, qui capte notre attention et nous maintient sans répit dans l’observation de ce tableau. Tout semble mener lentement mais sûrement vers une fin irrémédiable. Curieuse amitié entre les deux protagonistes, de lourds secrets jamais totalement révélés, le poids des conventions à respecter en cette fin de siècle. Marie Sizun dépeint avec beaucoup d’habileté et de profondeur la dépression, les abîmes de tristesse qu’un être peut ressentir.

Malgré l’engouement pour la style et l’histoire, les descriptions, l’émotion triste et puissante qui s’en dégagent, je suis malheureusement sortie de cette lecture partagée en raison de l’épilogue qui me semble poser des éléments qui auraient pu être intégrés au récit et non amassés en fin de lecture. Habileté ou facilité ?

Marie Sizun a été professeur de lettres dans différents pays d’Europe. Elle a reçu en 2008 le Grand Prix des lectrices de Elle et le prix du Télégramme pour La femme de l’Allemand, et le Prix Bretagne 2017 pour La gouvernante suédoise.