Dans ce long métrage étonnant et qui aura au moins suscité l’étonnement lors de sa projection en compétition dimanche, le réalisateur Tyler Taormina semble surtout s’être livré à un exercice de style. Son idée de départ lui est venu, a-t-il expliqué en conférence de presse, dans un jacuzzi avec des amis. A l’évocation du nom sandwicherie, l’idée lui en effet venue de consacrer un film à ce type de magasin. Ce qui explique le titre, sans aucun double sens, “Ham on Rye”, comprendre sandwich au pain de seigle et jambon.

Les premières scènes laissent présager un film léché , aux images évoquant parfois le travail Sofia Coppola dans “Virgin Suicides”. On attend – en vain-, que quelque chose se passe, qu’un scène déclenche une action quelconque. Mais non, le film consiste en une succession de scènes montrant des adolescents se rendant à un même endroit, pour un événement qui demeure relativement mystérieux, y compris après la fin du film.

Le réalisateur souhaitait en effet se concentrer sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte par ces “rites” , soirées angoissantes où chacun se demande s’il sera ou non choisi. Les jeunes filles se font belles, les jeunes garçons travaillent leurs techniques de séduction.

Le travail de mise en scène a été inspiré de celui de Robert Altman dans “Mc Cabe & Mrs Miller” dans lequel aucun acteur n’était figurant. Chaque personnage avait son histoire, et son moment à l’écran. Aussi Tyler Taormina a-t-il ajouté au fur et à mesure du casting des scènes, mettant à l’honneur certains des jeunes acteurs rencontrés lors du casting. Son choix s’est porté pour tous sur des adolescents vrais, et non au profil hollywoodien, afin de pouvoir conserver à l’écran “leur authenticité”. Le réalisateur explique également être obnubilé par les visages de gens, et sa caméra lui permet justement de se concentrer dessus sans sembler -trop- étrange.

Le problème est que cette succession/superposition de scènes sans fil conducteur ne suffisent pas à faire un film, même court (1h24). L’impression qui persiste est que le court métrage est devenu un long métrage sans un scénario en conséquence.

Durant la projection, de nombreux festivaliers ont renoncé, quittant la salle. Et à la fin, la salle était partagée en sifflements et applaudissements.

La limite de l’esthétisme au cinéma est qu’il se fasse au détriment du fond. Et c’est ici bien le cas.