Ma note : 09/10

Quatrième de couverture : Ils étaient plus que des stars de cinéma. Ils étaient le couple rêvé. Entre 1930 et 1940, Carole Lombard et Clark Gable incarnaient une certaine idée du bonheur et Hollywood, qui aimait les chimères, étaient à leurs pieds. Elle était le glamour, elle était drôle, parlait comme un marin, imposait sa loi. Son charme agissait comme un sortilège : sur certains photos elle était presque nue et on ne regardait que ses yeux. Il était l’homme qui embrassait les femmes, une aura reposant toute entière sur un geste originel, une manière d’agripper sa partenaire par le bras, qui disait où était le pouvoir, où était l’électricité. Ils vivaient ensemble au milieu du désir des autres, dans ces existences irréelles que les studios contrôlaient et inventaient, même.

Du fantasme à l’envers du décor, de l’ironie à la tendresse, une plongé décalée et jubilatoire dans l’âge d’or d’Hollywood.

Quel contraste en effet entre les images léchées du cinéma des années 30 et la réalité de ces acteurs : Lui, surnommé “le Roi”, qui porte de fausses dents, se douche cinq fois par jour et ne dort jamais dans les mêmes draps; Elle, qui ne porte pas de soutien-gorge et s’exprime très crument.

Elle avait lancé la première un mot qui traverserait le siècle, et celui d’après, dans d’autres situations et d’autres langues: “Qui faut-il baiser pour quitter ce film ?”

Leur histoire d’amour sera hollywoodienne, lui qui eût cinq femmes au total et elle mariée plusieurs fois également, leurs tempéraments de feu devant trouver à cohabiter, au-delà de la jalousie et des habitudes.

L’issue sera à l’image de leur histoire. Carole, impatiente de retrouver son mari et peut-être inquiète qu’il ne soit encore dans les bras d’une autre, préfèrera la rapidité d’un retour en avion plutôt qu’en train, dernier voyage dans un avion de la TWA qui s’écrasera peu avant Los Angeles. Lui ne se remettra jamais vraiment de cette perte, sombrant dans l’alcool mais continuant à séduire les femmes, dont une ancienne hôtesse du Casino de Deauville, Suzanne Badolle, lui qui séjourna à Deauville en 1948 avec le duc de Windsor et Wallis Simpson. Deux “rois” réunis. Il séduisit presque toutes les femmes, sauf Marilyn Monroe, qu’il a pourtant côtoyée lors du tournage de son dernier film, Les Désaxés. Mais la fin était proche pour les deux. Ce film est d’un tragique absolu : sont réunis à l’écran Montgomery Clift, très ébranlé depuis son accident de voiture quatre ans auparavant et ses penchants qu’il taisait, Marilyn, en plein divorce d’avec Arthur Miller, qui a écrit le scénario, et Clark Gable, qui décédera deux semaines après le tournage.

Il restait quelque chose au fond de sa gorge dont il ne se séparerait plus, une tristesse et un étouffement, et quand il buvait pour faire glisser, c’était toujours là. Ca devait être ça, être étranglé de douleur (…) cette sensation que l’alcool franchissait au goutte-à-goutte la barrière du désespoir.

Vincent Duluc, leader de la rubrique football du journal l’Equipe depuis plus de vingt ans, a déjà publié aux éditions Stock trois récits salués par la critique : Le Cinquième Beatles, Un printemps 76 et Kornelia.

En décrivant avec une plume affûtée cette histoire d’amour passionnée, l’auteur nous fait également revivre l’âge d’or du cinéma hollywoodien : la première de “Autant en emporte le vent”, les différents liens entre ces grands noms du cinéma, la manière dont les studios régentent la vie de leurs acteurs sous contrat, et les “arrangeurs” aussi, chargés de réécrire l’histoire quand surviennent des événements pouvant nuire à leurs réputations, telle une scène ratée pouvant être tournée de nouveau.

“il était bien possible que l’un des deux se soit senti un peu plus ensemble que l’autre”

(parlant de Russ Colombo et Carole Lombard)

Editions Stock